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Halloween et la Toussaint – conte pour enfants

Histoires du soir

Halloween et la Toussaint

Les Fantômes à dents

Tous les fantômes adorent Halloween. Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, les fantômes peuvent se promener parmi les humains sans craindre d’être reconnus. Et ils n’ont même pas besoin de se coudre des déguisements, comme les humains. Pourtant, cette fois, Boubou et Dentine s’en étaient trouvé un.

« Moi, je me déguise en sorcière », se vantait Dentine en montrant son costume.

« Et moi, en pirate », se vantait Boubou.

« Ils sont quand même bêtes, ces humains, réfléchit Dentine à voix haute. Ils se déguisent en fantômes pour que les fantômes ne les reconnaissent pas. Alors qu’on voit tout de suite qu’ils ne se comportent pas du tout pareil. »

« Ouais, et ils ne sentent pas pareil non plus. Mais c’est génial, parce qu’au moins un jour par an, on peut sortir de Frissonville. Et en plus, les bonbons et les chocolats des humains, c’est miam ! »

Ainsi, la veille de la Toussaint, Boubou et Dentine partirent réclamer des bonbons, pendant que maman creusait toujours son navet. Papa avait déjà fini de creuser les citrouilles, mais maman tenait au navet, parce que c’était plus traditionnel. Malheureusement, ce n’était pas aussi facile qu’elle l’avait cru d’en faire une lanterne.

« La Toussaint, qu’on connaît plutôt aujourd’hui sous le nom d’Halloween, c’était autrefois le nouvel an des Celtes », expliquait maman en se battant avec son navet. Au lieu d’en venir à bout, elle tordit sa cuillère. « C’est pour ça qu’on fait ces lanternes. Le nouvel an, c’était le passage de la lumière à l’obscurité, de l’été à l’hiver, et c’était aussi le moment où le monde des vivants et celui des morts pouvaient se rencontrer. Alors les gens fabriquaient des lanternes pour se protéger des mauvais esprits, et ils se déguisaient aussi en esprits, pour que les vrais ne les reconnaissent pas et ne leur fassent pas de mal. »

Maman expliqua encore aux enfants qu’avec l’arrivée du christianisme, on avait fait de ce jour la fête de tous les saints, pour honorer tous les saints, ceux qui avaient leur place dans le calendrier et ceux qui n’y tenaient pas. Puis elle tordit sa cinquième cuillère, souhaita bonne chance aux enfants pour leur tournée de bonbons et partit chercher un meilleur outil pour creuser son navet.

Enfin, les enfants se mirent en route. En chemin, Michel Barbotte, déguisé en vampire, et la petite Adèle Lafée, d’un an plus jeune, déguisée en chauve-souris, se joignirent à Dentine et Boubou.

Les enfants commencèrent leur tournée. Ils frappaient aux portes, récitaient parfois une petite poésie, mais la plupart du temps, il suffisait de dire : « Des bonbons ou un sort ! »

Leurs petits paniers se remplissaient peu à peu, mais Boubou n’était toujours pas content. Personne ne lui avait encore donné le chocolat qu’il préférait. En allant vers la maison suivante, il donnait des coups de pied dans les cailloux et ronchonnait très fort.

« J’entends que quelqu’un a besoin de chocolat », dit une voix derrière les enfants.

Derrière eux se tenait un vieux monsieur déguisé en chasseur, mais sous son petit chapeau dépassaient des cornes. Un déguisement de diable aussi réussi, les enfants n’en avaient jamais vu.

« Je suis Barnabé le diable. J’ai ici le chocolat dont vous rêvez tant. »

« Alors des bonbons ou un sort ! » lança Boubou.

« Je vous le donne bien volontiers, ce chocolat, même sans formule. Mais faites attention de ne pas devenir de vrais monstres, mes petits. »

Boubou rigola. Ce que les humains sont bêtes ! Le vieux bonhomme croit sans doute que ce sont des enfants ordinaires, déguisés.

« Merci », dit la petite Adèle, mais elle resta à regarder dans le noir. Il n’y avait plus personne. « Où est-il passé ? »

« Il est sûrement parti », dit Boubou avec un geste de la main, et il s’enfournait déjà le chocolat.

« Il y a quelque chose qui ne me plaît pas », hésita Dentine, mais les autres avaient déjà tout mangé.

À ce moment-là, quelque chose changea.

« Et maintenant, haut les mains, et donnez-moi vos paniers, car je suis le terrible pirate Boubouche ! » cria Boubou en tirant son sabre, et il attendit très sérieusement qu’on lui donne les bonbons.

« Boubou, arrête tes bêtises ! » le gronda Dentine, mais déjà Michel lui sautait dessus en visant son cou.

« Montre-moi ton cou, que je boive ton sang ! » chuchotait-il.

« Mais qu’est-ce qui vous prend, les garçons ? »

Dentine regarda Adèle. Celle-ci battit de ses ailes de chauve-souris, s’envola et disparut quelque part dans la nuit. Dentine prit la fuite devant le vampire et le pirate. Michel l’avait presque rattrapée quand le pirate Boubouche remarqua que Michel avait des bonbons, et il l’attaqua, à la manière des pirates. Dentine les regarda se disputer le panier en se demandant comment se sortir de ce pétrin.

Barnabé était un vrai diable, c’était clair, et il n’avait pas menti quand il les avait prévenus qu’ils pourraient devenir des monstres. Mais pas des vrais fantômes comme eux : ils étaient devenus ce en quoi ils étaient déguisés. Et Dentine, justement, s’était déguisée en sorcière. Elle seule pouvait rompre le sort ! Elle prit le chocolat que Barnabé lui avait donné et en croqua un petit morceau.

« À nous deux ! » ricana-t-elle d’un vrai rire de sorcière. Elle sortit sa baguette et la pointa vers Boubou. « Sort du chocolat, envole-toi, petit fantôme à dents, redeviens toi ! »

Un éclair de lumière jaillit de la baguette, et Boubou s’arrêta net.

« Sort du chocolat, envole-toi, petit ondin, redeviens toi ! »

Un éclair de lumière jaillit de la baguette, et Michel s’arrêta net. Boubou et lui se regardaient, les yeux ronds comme des billes.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? s’étonnèrent les deux garçons. Et où est Adèle ? »

« Sort du chocolat… Mais attendez, et si Adèle est en train de voler quelque part ? Si je la transforme maintenant, elle va tomber et se faire mal. »

« Alors monte sur ton balai et va la chercher », lui conseilla Boubou en lui tendant le petit balai qu’elle avait lâché en fuyant devant le pirate et le vampire.

« Merci, frangin. Pour la peine, je ne te changerai peut-être même pas en crapaud. »

« Très drôle », grimaça Boubou.

Dentine enfourcha son balai et s’envola. Elle tourna un moment au-dessus de la ville avant d’apercevoir Adèle.

« Adèle, regarde ce que j’ai ! » dit-elle en jetant une poignée de bonbons par terre, sous elle.

La chauve-souris Adèle se posa aussitôt par terre, juste derrière eux. Dentine atterrit et lança tout de suite le sort sur Adèle. Adèle redevint une petite fée.

« Et maintenant, moi », dit Dentine. Elle pointa sa baguette vers elle-même et dit : « Sort du chocolat, envole-toi, petit fantôme à dents, redeviens moi ! »

Et Dentine, elle aussi, redevint elle-même. Mais il était moins une, car le jour commençait déjà à se lever. Et s’ils n’avaient pas eu le temps de redevenir eux-mêmes avant le matin ? Seraient-ils restés comme ça pour toujours ? Heureusement, ils n’auront jamais besoin de le savoir.

Le ventre plein de bonbons, ils rentrèrent tous chez eux, bien contents que cette nuit de frissons se soit si bien terminée.

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